Templier

Nom: 
Templier
Prénom: 
Raymond
Lieu de naissance: 
Paris
Date de naissance: 
1891
Lieu de décès: 
Paris
Date de décès: 
1968
Notice biographique: 
« Les créations de Raymond Templier dans le bijou appartiennent vraiment à notre époque, au même titre qu’un poème de Paul Valéry, qu’une construction de Le Corbusier ou de Mallet-Stevens, qu’une toile cubiste de Braque ou de Picasso. » En une phrase, le critique de La Renaissance de l’art français a dit toute la modernité du joaillier. C’est, en effet, dans son environnement quotidien que celui-ci traque la muse, nullement dans le passé. La vie citadine, son rythme, sa vitalité, stimule Templier. La construction de ses pendants d’oreilles ornés d’ivoire découpé ne rappelle-t-elle pas les gratte-ciel de New York ? Et l’artiste de confirmer : « Lorsque je me promène dans les rues, je vois partout des idées de bijoux, les roues, les voitures, les machines d’aujourd’hui, je me tiens réceptif à tout. » En effet. Le bracelet à motif rayonnant, en diamants et malachites, qu’il dévoile à l’Exposition de 1925, se veut la représentation d’un tour en pleine action. Les ondes d’un poste de TSF, les gradins d’un stade de sport, les pulsations d’un moteur lui inspirent des joyaux à plans multiples, compositions rythmées qui semblent émettre des vibrations. Les décors de ses étuis à cigarettes en argent laqué évoquent les courbes des rails de chemins de fer, la lampe d’un dentiste, une presse d’imprimerie, le compteur d’une automobile. Certes, Raymond Templier n’est pas seul bijoutier à être séduit par la technique. Serait-il le premier ? Un chroniqueur voit en lui le chef de cette école qu’il baptise joliment de « symbolisme scientifique ». Contentons-nous d’observer que, de tous ses confrères, il est le plus audacieux, car, à la différence de Jean Després, notamment, qui travaille l’argent, Templier n’hésite pas à faire exécuter les hélices d’avion, les vis sans fin, les bielles qui forment ses broches ou clips en matériaux précieux. L’artiste, il est vrai, est entouré d’excellents artisans. « Ses oeuvres, insiste un journaliste, valent à la fois par l’originalité de leur conception et par leur réalisation magistrale. » La maison Templier compte une trentaine d’ouvriers lorsque Raymond l’intègre en 1922. Son grand-père, Charles, a créé la société en 1849 ; son père Paul la conduit à la prospérité. La moustache triomphante, arborant guêtres et col en Celluloïd, ce dernier est une personnalité éminente de sa corporation. Une plaque en son honneur brille encore aujourd’hui dans l’immeuble de la Chambre syndicale de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, au 58 de la rue du Louvre à Paris. Il dispose de représentants dans le nord de la France, de deux comptoirs au Maroc. Une clientèle attentive vient en ses salons faire monter et démonter les pierres de famille à l’occasion de fiançailles ou d’anniversaires de mariage. Imaginons l’étonnement qu’ont dû produire les créations modernistes de la troisième génération ! Paul Templier, cependant, est fier de son fils. Dès 1924, dans le catalogue du Salon des artistes décorateurs, il insère une page de publicité pour vanter « les bijoux modernes » de Raymond. Le jeune homme a suivi des études à l’École nationale supérieure des arts décoratifs. Avant même d’obtenir son diplôme en 1912, il participe au Salon d’automne. Car il ne se cantonne pas dans l’univers de la joaillerie, il se sent en osmose avec des créateurs issus de divers horizons. Il rejoint les ensembliers, Pierre Chareau et Dominique (alias André Domin et Marcel Genevrière), le relieur Pierre Legrain et l’orfèvre Jean Puiforcat, pour former le groupe des Cinq, aussi appelé groupe Chareau. Au lendemain de l’Exposition de 1925, et ce durant quatre années successives, ils exposent de concert à la galerie de la Renaissance et à la galerie Georges Bernheim. Une même volonté de renouvellement les anime. Le joaillier n’est pas non plus indifférent à cet art naissant qu’est le cinéma. Il conçoit les accessoires qui parent la sublime Brigitte Helm dans L’Argent, film de Marcel L’Herbier. Lorsque la joaillerie Paul Templier et Fils lance une plaquette publicitaire pour Noël 1928, c’est à l’affichiste Cassandre que Raymond commande l’illustration de la couverture, à Blaise Cendrars le texte, à Laure Albin-Guillot les photographies. Ils sont l’avant-garde. Par ailleurs, pour sa promotion dans les magazines, il fait appel à Germaine Krull, autre photographe de la modernité. Comptant parmi les membres fondateurs de l’UAM, Raymond s’associe à deux plasticiens qui rallient l’association. Gustave Miklos modèle pour lui une tête de femme influencée du cubisme, sculpture miniature montée en broche. Le Hongrois s’intéresse, en effet, à différentes formes d’expression. Peintre, puis sculpteur, il se lance dans le décor de plaques d’émail champlevé, dessine des cartons pour des tapis et des vitraux commandités par le couturier Jacques Doucet, imagine des compositions pour des reliures. Établi à Oyonnax, dans l’Ain, à la fin de sa carrière, il enseigne à l’École nationale des matières plastiques, tout en créant des bijoux fantaisie. Son compatriote, Joseph Csaky, oeuvre également pour Raymond Templier ; il sculpte à son attention une figure d’ivoire destinée à orner un pendentif en or et argent. Pauvre Csaky ! Toujours aux abois. Ses lettres, conservées dans les archives de l’UAM, sont autant d’appels au secours et disent sa reconnaissance envers Templier qui lui vient en aide. Raymond est secrétaire, puis trésorier de l’UAM. L’homme « à la sympathique calvitie et la voix du tonnerre5 » assure ce rôle avec attention et fait preuve d’une belle autorité lorsqu’il s’agit de réclamer le règlement des cotisations en retard. Lui-même est réputé, ou craint, pour sa ponctualité. Son oeuvre reflète cette rigueur. Les critiques parlent de « poésie architecturale », de « rythme mathématique ». Le joaillier a le goût de l’équilibre. Sur un même bijou, il joue du noir et blanc, du mat et du brillant, des régions ombreuses et des régions lumineuses. « Un bijou est avant tout de l’ombre et de la lumière, et pas seulement du scintillement », assure ce novateur. Afin d’intensifier cette lumière, il utilise une technique qui lui est propre : il courbe le métal, la surface concave servant alors de miroir aux pierres, de réflecteur. Leitmotiv dans sa production que les motifs galbés. Ces oppositions sagement calculées, le créateur les obtient également par les matériaux : le cristal de roche qu’il emploie tantôt transparent, tantôt dépoli ; le platine qu’il associe à l’or gris afin que le ton éteint de l’un rehausse la brillance de l’autre ; l’argent dont les tonalités varient selon qu’il est satiné, brossé, rhodié... Raymond Templier, inlassablement, dessine. Chaque jour, le sol de son bureau est jonché d’esquisses. Il invente ; à charge pour son chef dessinateur, Marcel Percheron, qui secondera durant plus de trente ans, de transcrire son imaginaire. L’artiste imagine des compositions géométriques, des disques, des chevrons, des losanges, des jeux de courbes et de droites qui viendront animer le couvercle de boîtes à cigarettes. Des lignes qui zigzaguent, se croisent, s’imbriquent les unes dans les autres, se superposent afin de décorer une série inépuisable de bracelets en argent laqué. Il est un type de parure qui stimule son inventivité : le bijou à transformation. La mode des années 1930 et 1940 a vu naître les clips qui pincent le revers des tailleurs. Ils donnent lieu chez Templier à de multiples combinaisons. Une paire de clips en or et saphirs se rejoignent et deviennent broche ; deux demi-cercles en émail et brillants se rapprochent pour former une figure ronde. Les innombrables études gouachées que le joaillier a offertes au musée des Arts décoratifs montrent à quel point ce genre le passionna. Il s’amuse à des variations sur des bracelets, lesquels ne demandent qu’à se métamorphoser selon l’heure de la journée. Sur le même jonc en or, il prévoit d’adapter des motifs en or ou en diamants. Version « sport » et version soir. Tel son père avant lui, Raymond occupe des positions officielles. Il est le vice-président de la classe 55, celle de la bijouterie-joaillerie, à l’Exposition de 1937, il est décoré chevalier de la Légion d’honneur. Non seulement il conçoit la bague pour Yvonne, la fiancée du futur général de Gaulle, mais ce dernier, au fil du temps, le reçoit chaque année en tête à tête. La joaillerie familiale a surmonté la crise de 1929, elle survit à la Seconde Guerre mondiale. Dans les deux décennies qui suivent le conflit, il apparaît encore comme une figure brillante du monde artistique, néanmoins modeste. Tandis que les formes des bijoux se sont arrondies, la presse admire toujours ses « savants enroulements », ses « volontaires dépouillements », son « graphisme linéaire ». L’article qui lui est consacré dans Mobilier et Décoration en novembre 1954 le qualifie d’« architecte du bijou ». Au Salon d’automne, par ailleurs, Raymond Templier expose régulièrement des joyaux et des trophées sportifs. C’est une autre de ses particularités, il oeuvre pour le monde du sport. Il a composé trois affiches pour la Fédération française de tennis et conçu une vingtaine de sculptures destinées à des champions. Toutes catégories : athlétisme, boxe, basket-ball, cyclisme… Point de coupes banales. Templier lui-même pratique le ski, la natation, le tennis, le golf, en amateur mais avec passion. Les récompenses qu’il imagine illustrent le joueur au plus fort de la compétition, arrêté dans son geste. Trois ans après avoir dissous sa société, Raymond Templier décède en 1968, durant les événements du mois de mai. L’annonce nécrologique, publiée dans la page « Arts » du Figaro, affirme en conclusion : « Ses oeuvres sont d’une si indiscutable qualité que, bien que très représentatives de notre époque, elles ne seront jamais démodées. » Biographie extraite du catalogue "Bijou Art déco et avant-garde", Les Arts décoratifs; Norma Editions, 2009, p. 200-217